La maison du bonheur, cours et ateliers

Pourquoi la Maison du Bonheur ?
 
En 2008 avec le décès soudain de mon épouse je me suis retrouvé seul et soi-disant dans le noir, car elle était pour moi mes yeux et mon bras droit. Après quelques mois dans Le vide, j'ai décidé que je devrais retrouver une mobilité et une certaine indépendance. Alors j'ai pris un énorme pas psychologique d'accepter la canne blanche, car par cela on accepte qu'on est vraiment aveugle et qu'on le montre à tout le monde. C'est dès lors que l'ABA, l'Association pour le Bien des Aveugles et malvoyants, est venue à ma rescousse et ces ergothérapeutes m'ont pris en main. Grâce à eux j'ai appris le maniement de la canne blanche. Celle-ci reste à mes yeux la plus importante invention pour nous les aveugles et malvoyants, car tous les gadgets 'hi-tech', tels les GPS etc., ne peuvent pas nous prévenir qu'il y a un trou ou un trottoir devant nous! Six mois plus tard j'ai pu aussi devenir le détenteur d'un chien guide.
 
L'ABA m'a aussi mis en contact avec la FSA (Fédération Suisse d'Aveugles et malvoyants) et la SRIHV (Service Romand d'Informatique pour les Handicapés de la Vue).
 
On a ainsi littéralement ouvert mes yeux à tout ce monde professionnel et bénévoles qui sont là pour nous aider et soutenir dans notre vie quotidienne. Il nous est mis aussi à disposition une multitude de cours, ainsi que des activités sportives et culturelles que je n’aurai imaginé. Soudain j'avais un grand réseau de personnes, beaucoup sont devenues des amis, qui étaient là pour que je puisse continuer à vivre normalement et avoir du plaisir dans ma vie! Avec les années j'ai toujours voulu remercier tout ce monde pour m'avoir donné une nouvelle vie et une nouvelle 'famille'. 
 
Depuis 1990 la société où je travaillais louait une villa indépendante à Cointrin sur l'avenue Louis-Casaï. En 2012 tous mes collègues avaient pris la retraite et j'étais le seul encore debout et le président de la société. Alors, au lieu de résilier le bail j'ai décidé de le renouveler et d’offrir les deux étages de cette villa aux activités liées aux personnes handicapées de la vue. Le premier à s'y installer était l'atelier de la FSA d'arts créatifs de Meyrin, qui jusque-là était situé dans un sous-sol à Meyrin. Dès que l'animatrice, Sandrine Vagnetti, a vu ce nouveau lieu elle en est tombée amoureuse et l'a surnommé la Maison du Bonheur...un nom qui est resté!
 
Petit à petit d'autres activités se sont établies dans cette maison. La FSA a commencé à y offrir divers cours, comme le tango et mouvoir sans voir. D'autres personnes l'ont suivi avec une variété d'activités telless que le yoga, la sculpture, le Shiatsu et le massage.
 
En décembre 2018 la régie nous a informé que les propriétaires de la villa l'avaient vendu à des développeurs et qu'on devrait quitter la maison trois mois plus tard! On la évacuée début mars et en avril elle fut détruite pour faire place à un immeuble de sept étages! On a pu installer certaines des activités chez moi pour ne pas les interrompre et la recherche des nouveaux locaux a commencé!
 
Malgré tant de locaux vides à Genève, ce n'était pas facile de trouver quelque chose qui nous convenait. On a des contraintes assez uniques relatives à nos participants: il faut d'abord l'accessibilité facile par les transports publics, un accès simple avec des trottoirs sans trop d'obstacles, des locaux aux rez-de-chaussée si possible, pas de marches ni d’escaliers etc! Après presque cinq mois on a enfin trouvé notre paradis, un oasis presqu’au centre ville. De nouveaux locaux au 12 rue de Lyon!
 
Comme ces derniers étaient trop grand pour nous, on a décidé de les partager avec un ami, Augustin Lobognon, qui cherchait aussi un endroit pour donner des cours de langues et de coaching. Alors on est en partenariat avec lui et l'IFREP (Institut de Formation pour la Réinsertion Professionnelle), qui est soutenu par l'AI et d'autres services de l'état. 
 
La Maison du Bonheur est maintenant soutenue financièrement et moralement par l'ABA et la FSA, ainsi que l'Ecole de la Pomme (qui nous aide dans l'utilisation des smart phones etc.), et AYin Association (qui favorise l'accès à la culture aux personnes avec des handicaps).   
 
On espère vivement que cette maison continuera à étendre sa gamme d'activités et se développera comme un lieu social et culturel, où les gens vont trouver beaucoup de plaisir. D'ailleurs, notre logo est assez parlant, car il montre une maison avec des ballons de couleurs en forme de coeurs qui sortent de la cheminée, on voit à travers la fenêtre des gens qui s'amusent à l'intérieur, et à l'extérieur, devant la porte d'entrée on voit une canne blanche placée contre le mur pour indiquer qu'on laisse le handicap dehors quand on entre dans cette maison.
 
 
Gowri Sundaram
Genève, décembre 2019